• Le cul des feministes est aussi bandant (1)

    L'activité sexuelle est universellement associée à une idée de culpabilité, la raison principale en étant, me semble-t-il, la dimension reproductive de l'acte sexuel : en l'absence de contraception, baiser était toujours potentiellement faire un enfant, donc engager sa responsabilité. Le « sexe pour le sexe » était alors périlleux. C'est aussi dans le cadre de cette réalité ancienne qu'il faut chercher les raisons d'une tolérance plus faible à l'infidélité d'une femme qu'à celle d'un homme : la conjointe infidèle expose son partenaire au risque d'élever (donc d'investir financièrement sur) un enfant qui n'est pas biologiquement le sien.

    Cela a des implications énormes et diverses sur notre imagerie collective de la sexualité, faite de mythes persistants et qui ne sont d'ailleurs pas nécessairement négatifs en soi.

    Le principal de ces mythes est que l'amour est seul garant de l'harmonie sexuelle. Je m'inscris en faux : parmi mes meilleurs souvenirs érotiques figurent en bonne place des « coups », des « plans cul » avec des partenaires vraiment passagères, sans qu'aucune espèce d'implication affective n'ait été ressentie ni même envisagée. L'amour est pour moi un joli prétexte qui permet de contourner l'idée de culpabilité que j'évoque plus haut. J'entends déjà certains commentaires : « Normal que tu dises ça, t'es un mec ! » Mouais... C'est enfoncer une porte ouverte de redire qu'en effet, la dissociation entre le sexuel et l'affectif est, dans la pratique, un trait qu'on rencontre beaucoup plus chez l'homme que chez la femme et, paradoxalement, les néo-féministes revendiquent bien souvent cette différence-là, qui pourtant est à mon sens un cliché éminemment sexiste.

    Malgré toute la sympathie, la solidarité même, que j'éprouve pour le féminisme, je constate trop souvent que la pensée des néo-féministes a cette fâcheuse tendance à imploser au contact de la sexualité : sous prétexte de déconstruire – à juste titre - le délire phallocrate freudien, les féministes lui opposent un autre délire du déni du phallus. Cela n'est guère intellectuellement satisfaisant ni pratiquement raisonnable. L'assimilation insidieuse de la pénétration au viol permet de consolider le mythe d'un affectif qui conditionne, structure l'épanouissement érotique : « Quand j'accepte d'être pénétrée, je consens à un sacrifice. » la contrepartie naturelle de ce sacrifice étant l'exigence d'un engagement affectif. En contribuant ainsi à perpétuer le mythe de l'amour nécessaire, cette doctrine conforte un autre mythe : celui de la salope, celle qui couche par plaisir sans se prendre la tête avec les sentiments. N'est-il pas ironique que cette salope soit ultimement désignée comme la coupable tant par les machos que par les néo-féministes?


  • Commentaires

    1
    Elle
    Mercredi 28 Février 2007 à 10:10
    Mouais
    relativement d'accord. Si ce n'est sur les origines de la culpabilité féminine face à la sexualité... Je pense qu'il faut regarder aussi du côté de l'orgasme féminin... N'ayant jamais été nécessaire à la reproduction il a été jusqu'il y peu ignoré, voire dénié. Une femme était on vue comme "subissant" le sexe... (J'ai du mal à être claire au réveil je crois...)
    2
    Mercredi 28 Février 2007 à 10:19
    @Elle
    C'est tres clair pour moi, j'en ai parlé dans un billet precedent, "Vers la liberte sexuelle"
    3
    Elle
    Mercredi 28 Février 2007 à 10:23
    Ok
    je suis grillée, j'ai pas tout lu ! En fait, je ne suis pas d'accord avec ta première partie. je ne vois pas en quoi la dimension reproductive de la sexualité amène la culpabilité.
    4
    Mercredi 28 Février 2007 à 10:39
    Et pourtant,
    le condom existait déjà au temps de Sade. Quant aux moyens de contraception, les femmes y ont eu recours très tôt, notamment grâce aux plantes médicinales. Je pense que la culpabilité est plutôt à chercher du côté des enseignements de la Bible.
    5
    Mercredi 28 Février 2007 à 10:40
    Sur Virginie Despentes,
    je suis bien d'accord. Ses souffrances, sans doute immenses étant donné la violence de sa catharsis, ne l'ont pas rendue forte, mais l'ont endommagée. Je ressens pour elle une sympathie qui tient de l'empathie, comme toi, donc.
    6
    Mercredi 28 Février 2007 à 10:41
    Sur ta conclusion,
    eh oui ! Et je repasserai plus tard, après avoir lu ce texte des Chiennes de Garde que tu as mis en lien.
    7
    Mercredi 28 Février 2007 à 10:54
    @Elle
    Tu as raison, ma pensee a fait un raccourci.
    8
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:00
    @Elle
    Mais en fait je persiste: il y a un lien entre la conception patriarcale de la reproduction et la culpabilisation du plaisir feminin. Cosmic a aussi raison (et pour cause ! ;-) ): le discours biblique est a la base de cela.
    9
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:04
    Pour quelle cause
    ai-je raison, Gourou ? Mais pour en revenir à ce que tu dis, il y a forcément du vrai : sinon, l'excision et l'infibulation n'auraient jamais existé. Désir patriarcal de nier le plaisir féminin et de disposer du sexe féminin SOCIALEMENT. Qu'en penses-tu ?
    10
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:11
    Hello...
    ... je dois bien vous avouer, que je me suis toujours trouvée en marge de la pensée féministe concernant le sexe. Et j'oserais même aller jusqu'à dire que l'anormalité n'est pas du côoté que l'on croirait...
    11
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:13
    Pour cause
    de mon discours sur "la putain et la maman", tu te souviens? Pour "SOCIALEMENT" cela depend de ce que tu entends par ce mot, certes, bien des anthropologue ont mis en evidence que avoir la plus belle femme, ou le plus de femmes est un signe exterieur de statut social élevé. Mais il y aussi un aspect economique dans l'asservissement de la femme.
    12
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:15
    La putain
    c'est Marie-Madeleine et la maman c'est la Vierge Marie.
    13
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:15
    @Toula
    Je pense que je vous capte parfaitement ;-)
    14
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:16
    Heu
    Je n'avais pas parle de Marie-Madeleine, toutefois...
    15
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:17
    En l'occurrence,
    je voulais dire que la mise à disposition du sexe féminin, vierge et cousu pour plus de sécurité (Ayaan Irsi Ali en fait une description précise et horrifiante), devenu inapte au plaisir de la femme, concerne effectivement la pure reproduction.
    16
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:18
    Marie-Madeleine
    en tant que prostituée est pourtant l'emblême du plaisir sans amour, mon cher !
    17
    Elle
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:24
    Dans
    ce cas, il manque l'explication de ce lien dnas ton texte
    18
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:26
    Oui, donc cette femme
    reduite a la reproduction, il me semble que c'est dans une optique plus "economique" que "sociale". De l'esclavage domestique en quelque sorte. L'idee est que la progeniture est source de richesse en tant que force de travail... ou de filles a marier moyennant forte dot.
    19
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:28
    Mais bon, l'excision et l'infibulation
    ca sort un peu de mon sujet qui se refere plutot a la culture occidentale.
    20
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:32
    Economique
    Oui. Ce qui explique que dans les sociétés patriarcales, la venue au monde d'une fille soit perçue comme une malédiction (assassinats en Inde, en Chine, lamentations et maltraitance en pays musulmans...). Paradoxalement, ce sont elles qui assurent, bien souvent, par leur travail, la pitance...
    21
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:32
    Tu as raison,
    je suis sortie du sujet. Et je dois filer. On y reviendra.
    22
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:33
    De mon
    point de vue de lesbienne, j'ose penser que la culpabilité vient de l'homme : l'homme rejette cette culpabilité sur la femme. A cause de l'aspect reproductif de l'acte, certes, mais aussi parce que l'orgasme de la femme fait peur. Il peut être perçu comme une prise de pouvoir...D'ailleurs, l'excision est bien la preuve d'une tentative de contrôle des homme sur le plaisir féminin, non? En tout cas, je pense qu'entre femmes, cette culpabilité est beaucoup moins présente...
    23
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:40
    @CC
    Non, je ne pense pas qu'il vienne plus des hommes (ni des femmes d'ailleurs). Il vient des deux. L'homme n'a pas peur de l'orgasme feminin en tant que tel, mais de ce qu'il suggere: que cet orgasme pourrait provoqué par n'importe quel autre homme. La femme a peur de l'orgasme feminin... des autres femmes parce qu'il est menacant en tant qu'il pourrait attirer son homme.
    24
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:46
    oui
    on peut le voir comme ça...Et l'égalité existe donc, de fait !
    25
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:54
    Si on veut...
    L'égalité dans la volonté de perpetuer une inégalité, lol.
    26
    Mercredi 28 Février 2007 à 11:57
    C'est curieux...
    ... comme à parler de sexe, on en revient souvent à évoquer uen certaine insécurité de l'un ou de l'autre partenaire. Peur de ne pas "bien" faire, peur de faire "moins bien"... Et d'un autre côté, je note toujours le sens unique vers lequel certain(e)s tendent, ne s'occupant que de leur propre plaisir. Donc en fin de compte, le problème revient à annoncer que "le plaisir" est la cause de ces comportements soit violents, soit impersonnels, etc... Et pourtant que serait la vie sans plaisir?
    27
    Mercredi 28 Février 2007 à 12:03
    Ce n'est pas le plaisir
    qui est en cause mais sa perception narcissique.
    28
    Mercredi 14 Mars 2007 à 13:59
    Je suis là,
    je fais la pause, mais tu n'y es plus. Snif. Et sais-tu que l'excellence de la pertinence de ta phrase sur les délires freudiens opposés aux délires des radicales va grandement me servir ?
    29
    Mercredi 14 Mars 2007 à 13:59
    Et tu n'écris plus...
    Et B-land se vide une fois de plus de ses meilleurs éléments, à mon grand désespoir...
    30
    Vendredi 10 Août 2007 à 16:24
    Pas de complexe
    Moi je suis un gentil détraqué sexuel
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